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Database Rolls-Royce
- Database Bentley
"Rolls-Royce & Bentley Histoire et Documentation" est une association de fait à vocation documentaire. Elle est administrée par son pdt Alain Schenkels, membre du RREC. En actualisation constante, de nombreux véhicules sont en attente d'insertion. |
Déclin et disparition de la carrosserie artisanale
Jusqu'au lendemain de la seconde guerre mondiale, Rolls-Royce ne fournissait que des bases roulantes (châssis + moteur) que l'entreprise livrait au carrossier choisi par le client. Cette tradition se poursuivra avec la Silver Wraith puis les Phantom IV et Phantom V.
A partir de 1946, la société proposait des modèles finis, prêts à rouler (Bentley Mark VI et Rolls-Royce Silver Dawn). Toutefois, ces modèles pouvaient encore être livrés sous forme de châssis motorisé. Il en sera de même pour leurs successeurs, Rolls-Royce Silver Cloud et Bentley S.
En 1965, la nouvelle gamme Silver Shadow étant réalisée sous la forme de monocoque, la carrosserie artisanale devint impossible car prohibitive. Et, de toute manière, les carrossiers indépendants avaient tous disparus... Le déclin puis la disparition de la carrosserie artisanale tiennent à plusieurs facteurs.
Coûts de production
Le coût très élevé de ce genre de travail ne cessa pas de croître après la seconde guerre mondiale en raison de l’augmentation continue des salaires ouvriers. Le travail nécessité par ces modèles spéciaux était en effet considérable : il s’agissait d’artisanat et pas de production à la chaîne…
Par exemple, la Silver Cloud III Continental coupé exigeait des ouvriers de James Young pas moins de 2 633 heures de travail.
Voici la fiche horaire de construction :
- Préparation du châssis : 223 heures
- Préparation des formes : 667 heures
- Ajustage des ailes : 105 heures
- Mise en forme des panneaux de métal : 264 heures
- Ajustage des éléments de carrosserie : 118 heures
- Soudure de la carrosserie : 258 heures
- Habillage de l’habitacle : 337 heures
- Pose et ajustage des glaces et vitres : 69 heures
- Electricité : 83 heures
- Finitions : 128 heures
- Peinture : 300 heures
- Transport : 27 heures
- Service : 53 heures
- Total : 2.633 heures (calcul amusant : 40 heures de travail hebdomadaire pour 50 semaines ouvrées par an = 1 an et 3 mois de travail pour un ouvrier seul…)

Exemples de coût : en 1959, une Peugeot 403 était vendue 9 600 FF et une Bentley S2 standard 98 000 FF, mais une S2 cabriolet était facturée aux alentours de 178 000 FF (soit presque 20 Peugeot…).


Fiscalité
Dans le cas de l’Angleterre, ces coûts étaient encore alourdis par une fiscalité délirante : jusqu’en 1962, les taxes sur les voitures étaient de 60% ! Après 1962, ces taxes ne seront plus que de 20%... Mais la plupart des carrossiers avait déjà disparu.
Apparition des monocoques
Le facteur le plus déterminant, celui qui signa l’arrêt de mort de cet artisanat, fut l’apparition des carrosseries monocoques chez Rolls-Royce en 1965 qui rendirent le travail si compliqué que le coût en devenait tout simplement inabordable, même pour les clients de Rolls-Royce.
Seuls deux carrossiers se risquèrent à travailler sur les Rolls-Royce monocoques : James Young et Hooper.
James Young réalisa des coupés sur la base de la Rolls-Royce Silver Shadow (35 exemplaires) et de la Bentley T1 (15 exemplaires):


Mais ce furent les ultimes réalisations de ce formidable artisan dont on n’entendit plus jamais parler (sauf badgé sur une petite série spéciale de Bentley Turbo R proposée par le concessionnaire Jack Barclay, propriétaire du nom) :

Hooper proposa, dans les années 1980-90, des conversions en coupé ou cabriolet de la gamme Silver Spirit et Bentley Turbo R, ainsi qu’une création originale, l’Empress II, coupé sur base Bentley.
Pour donner une idée du coût des travaux, voici trois exemples de 1987 :
Bentley Mulsanne : 800 000 FF (174 000 € actuels)
Empress II Hooper : 2 750 000 FF (600 000 € actuels)
Rolls-Royce Phantom VI : 3 705 000 FF (810 000 € actuels).



Autres facteurs
La disparition des carrossiers d’art a également tenu à des facteurs internes. Un certain nombre d’entre eux avaient une surface industrielle beaucoup trop faible pour pouvoir adapter leur outil de production à la complexité technique grandissante des voitures modernes.
De manière plus générale, les techniques de production étaient souvent archaïques et génératrices de surcoûts qui se révélèrent fatals.
Par exemple, les Rolls-Royce Camargue (ou Corniche) étaient construites en dépit du bon sens économique, et encore s’agissait-il de modèles produits sous l’égide de Rolls-Royce et non par des artisans. Qu’on en juge : les éléments de carrosserie étaient d’abord préparés à Turin (Pininfarina) puis à Londres (Mulliner Park Ward). Ils étaient ensuite convoyés par camion jusqu’à l’usine de Crewe. Là, ils étaient assemblés sur la base roulante (châssis et moteur). Enfin, le tout était renvoyé à Londres pour les aménagements intérieurs…
Exemples de coûts
En 1955, une Silver Cloud standard saloon (c'est à dire finie par l’usine) coûtait 3 385 £.
Si le client voulait faire carrosser sa Silver Cloud, il devait d’abord acheter la base roulante, facturée 2 555 £. Dans le cas d’une berline carrossée par Mulliner, la facture se montait à 5 620 £, c'est à dire que le travail de Mulliner revenait presque aussi cher que la base roulante seule…
Autre exemple, une Bentley S1 Continental cabriolet par Park Ward : la base roulante coûtait sensiblement le même prix que celle d’une Silver Cloud, soit 2 555 £, mais la voiture finie coûtait 7 164 £, dont 2 389 £ de taxes ! En résumé, le prix total se décomposait de la manière suivante : 1/3 pour la base roulante, 1/3 pour la transformation, 1/3 pour les taxes.
Dernier exemple, celui de la Silver Cloud III : en 1962, la berline standard était facturée 4 400 £ et le cabriolet par Mulliner l’était à hauteur de 8 000 £.
En moyenne donc, le recours à un carrossier extérieur enchérissait le prix de la voiture de 50 à 90% par rapport au modèle standard.
Malgré les différentes vérifications, la base de données peut contenir certaines erreurs. Veuillez en tenir compte lors de vos consultations.
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